L'abbaye fut fondée en 530 par St-Gildas, un moine celte, nommé Gweltas (490 -570), venu d'Outre-Manche. Waroch, le premier comte de Vannes, lui avait fait offert de s'installer sur le site d'un ancien camp romain. St. Gildas mourut dans un ermitage au pied d'une falaise à pic, à Breuzy-les-eaux (16 km au S.O. de Pontivy) L'abbaye connut un très grand rayonnement religieux, intellectuel et économique jusqu'en 1772.
Au Xe siècle le monastère fut ravagé par les Vikings et les moines s'enfuirent avec les reliques de St. Gildas. Au début de l'XIe siècle les ruïnes furent relevées par le moine Félix, venu de son ermitage d'Ouessant à la demande du duc Geoffroi Ier. Il construisait le sanctuaire en style roman d'une grande pureté. Le plan de l'église était celui d'une croix latine.
Après la mort de Félix (1038) le désordre règne dans l'abbaye. En 1125 le duc de Bretagne Conan IV fait appel au célèbre professeur en philosophie et én théologie à Paris, le breton Pierre Abélard, pour devenir le prieur et de rétablir l'ordre, mais avec peu de succès (voir le texte encadré) .
En 1649 les bénedictins de St.-Maur prirent possession des lieux et les restaurèrent en grande partie. Le monastère fut leur résidence jusqu'en 1772, à la veille de la Révolution. En 1789 l'abbaye est vendue comme bien national. La commune de St.-Gildas rachète l'église en 1804. A nouveau reconstruit au XVIIIe siècle elle fait partie aujourd'hui d'une centre de vacances, d'un pension de famille et d'un institut médico-pédagogique.
Parmi les prieurs qui ont gouverné l'abbaye de St.-Gildas-de-Rhuys, le plus célèbre est Pierre Abélard, né à Nantes en 1079. Il fut l'un des plus grands penseurs de son époque. Il enseignait la philosophie à Paris pendant de nombreuses années. Il tomba amoureux d'Héloïse, femme fort lettrée et nièce d'un chanoine Fulbert. Héloïse et Abélard ont un fils et l'oncle les contraint à un marriage que les deux amoureux veulent garder secret. Le chanoine Fulbert fait émasculer Abélard et oblige Heloïse à entrer au monastère d'Argentueil. Abélard de son tour devient moine de l'abbaye de St. Denis en 1118. 7 ans plus tard Abélard est élu prieur de St.-Gildas.
Il n'a pas beaucoup de succès en essayant de réformer la communauté. Dans sa sublime correspondance avec Héloïse, devenu abbesse du Paraclet, il décrit son abbaye comme repère de moines déréglés, passant leur temps à la chasse à l'ours: "J'habite un pays barbare dont la langue m'est inconnue et en horreur; je n'ai de commerce qu'avec une population brutale et sauvage. Mes moines n'ont d'autre règle que de n'en point avoir". Ses moines se moquent éperduement de ses remontrances. Même la menace d'excommunication ne les trouble pas. Ils tentent à plusieurs reprises d'égorger leur supérieur. Enfin, en 1132, Abélard doit s'enfuir précipitamment par un passage secret pour échapper à une tentative d'empoisonnement. Après sa mort en 1142 Abélard sera enterré par Héloïse en son abbaye de Paraclet. Héloïse est décédée en 1164. Au XIXe siècle le tombeau avec le corps des deux amants éternels est transféré au cimetière Père Lachaise à Paris.L'abbatiale à St.Gildas-de-Rhuys mérite une visite car le choeur à deambulatoire avec 3 chapelles rayonnantes et le transept (XIe siècle) sont des rares exemples d'architecture romane en Bretagne. De l'extérieur le visiteur peut contempler le chevet à 3 absidioles, épaulées de contreforts, avec une corniche ornée de modillons sculptés. La chapelle sud-est est d'ailleurs assez différente et indique une construction plus ancienne.
A l'intérieur le coeur roman est remarquable. Dans le déambulatoire éclairé de vitraux modernes, derrière le maître-autel (de style baroque) repose le fondateur de l'abbaye, St. Gildas, sous une pierre tombale. On y trouve également d'autres pierres tombales, de St. Goustan (XIe s.), du moine Félix et celles des enfants de la maison de Bretagne (XIIIe et XIVe s.) morts en bas âge au château de Suscinio. Dans le mur de la chapelle centrale, trois bas-reliefs représentent un ours, un bûcheron avec sa hache et deux chevaliers qui s'affrontent
L'abbatiale présente une riche série de 32 chapiteaux romans. Les sculptures présentent des décors géométriques originaux, rappelant les gravures des monuments mégalithiques. L'ensemble de la décoration est dominé par des motifs végétaux stylisés. Elle décline le modèle corinthien selon plusieurs variantes, en granit ou en calcaire importé. Deux chapitaux ont été déposés et transformés en bénitiers au bas de la nef.
La nef et la tour-porche carrée d'inspiration classique ont été reconstruites entre 1699 et 1705 par l'architecte vannetais Olivier Delourme. Signalons aussi le superbe retable du XVIIe siècle, entièrement sculpté dans le calvaire.
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La sacristie abrite l'un des trésors d'orfèvrerie religieuse les plus prestigieux de la Bretagne. La collection comporte en outre:
- les reliquaires (bras, genou et jambe) de St. Gildas (XVe s.) en argent rehaussé d'or.
- une splendide croix en vermeil ornée d'émeraude (XVIIe s.).
- des châsses (XIVe et XVIIIe siècles)
- un calice en or
- une mitre en soie brodée d'or (XVIe s.)
Ouvert. Tous les jours, sauf dimanche, lundi matin et samedi après-midi. Possibilité de visite guidée en joullet et août.
Renseignements. S'adresser au presbytère. Tél. 02 97 45 23 15.