L'origine

Aux XVIe et XVIIe siècle, la Bretagne était riche et le sentiment religieux très fort. Ces deux éléments étaient grandement à l'origine de la prolifération des enclos paroissiaux. En effet les paroisses, en plus du revenu des propriétés et fermes, bénéficiaient beaucoup de la prospérité générale. D'importants dons en nature (coupons de toile, animaux etc.) étaient faits à la sortie de la messe dominicale aux "fabriques", notables élus chaque année pour gérer les biens de la paroisse. Des ventes aux enchères avaient parfois lieu tout de suite après devant l'église et rapportaient énormément d'argent.

Riches donc, avec l'accord et le soutien des fidèles, les paroissent se lancaient dans l'édification des enclos paroissiaux. C'étaient des signes extérieurs de richesse à la gloire de Dieu. Le phénomène de concurence et d'émulation entre bourgs et villages intervenait aussi. Les paysans pauvres éprouvaient de la fierté à posséder la plus belle église de la région, au même titre que les nobles locaux. Ceux-ci, en revanche, en y consacrant tant d'argent, donnaient l'impression de se faire pardonner d'être riches.

Beaucoup de calvaires furent érigés pour conjurer la peste de 1598 ou en action de grâces après sa disparition.

C'est Louis XIV qui amorca la chute de l'art breton en provoquant (pas sans arrière-pensées politiques) l'affaiblissement économique de la Bretagne. Puis les guerres avec l'Angleterre (où les Bretons vendaient du lin) faisaient bien évidemment cesser toute commerce. Le coup de poignard final était un édit du roi de 1695 interdisant toute construction nouvelle sans nécessité reconnue. Ainsi la Bretagne cessa toute production de grand empleur.

Qu'est-ce qu'un enclos ?

L'enclos paroissial est un espace clos, qu'on rencontre dans les bourgs bretons, réservé au culte. Il se compose généralement

  • d'une porte monumentale ou arche triomphale, généralement très décorée, pour symboliser l'entrée du juste dans l'immortalité. Cette porte souligne la notion de passage que l'on retrouve dans tous les rites liés à la mort issus de la culture celtique.
  • d'un mur d'enceinte.
  • d'une cimetière, très petit, aux dalles uniformes.
  • d'une chapelle funéraire ou ossuaire. Le territoire du cimetière étant limité, les reliques des morts devaient être fréquemment exhumés pour laisser la place aux nouveaux défunts. On entaissait les ossements dans de petits réduits, percés de baies d'aération, qu'on élévait contre l'église ou le mur du cimetière. Puis ces ossuaires sont devenus des bâtiments isolés, plus vastes, plus soignés d'exécution. Ils ont pris la forme de reliquaires et ont servi de chapelles funéraires.
  • d'un calvaire
  • et, bien entendu, d'une église.
L'ensemble présente, malgré la variété des édifices, une très belle harmonie, une unité de lieu quasi théâtrale.

Le nom de la porte, porz a maro ("porte de la mort"), la présence de l'ossuaire et de l'ankou, cet étrange personnage féminin, symbole de la mort et de la misère, qui le décore souvent sous la forme d'une squelette tenant une faux ou un arc avec flèche, pourraient laisser croire que le Breton possédait une vision profondément morbide de l'existence. Il n'en est rien. Le Breton, grâce à l'héritage celte, pratiquait plutôt une cohabitation fantasmatique avec la mort, comme ces femmes, en Inde, qui lavent leur linge tranquillement à côté des bûchers brûlant les corps.

L'enclos est avant tout le domaine symbolique de rencontre entre le monde des vivants et celui des défunts, entre le sacré et le profane. On ne cache pas la mort. Elle n'est pas honteuse comme à notre époque. On apprend à vivre avec, dans un rapport évidemment teinté de merveilleux, d'allégorie et de poésie.

Le Morbihan offre un magnifique enclos du XVIe siècle (1550) à Guéhenno, unique enclos paroissial du département et véritable perle architecturale.

Le calvaire

Ces petits monuments de granit, foncièrement breton, groupent autour du Christ en croix des épisodes de la vie de Jésus et de la vierge Marie. Les calvaires sont une extension du menhir christianisé et de la croix de chemin (on en rencontre des milliers dans la campagne bretonne), narrant les épisodes de l'histoire sainte, véritable livre d'images en granit, "la bible des pauvres" destinée autrefois à l'instruction du peuple. Les calvaires avaient donc une fonction pédagogique prononcée: tout en prêchant, le prêtre l'utilisait pour enseigner le catéchisme ou l'histoire sainte à ses ouailles.

Un grand calvaire met sous les yeux l'histoire de la Vierge et du Christs, les mêmes scènes qu'on retrouve au portail d'entrée ou dans les vitraux d'une cathédrale. Les sculpteurs choisissaient les scènes au gré de leur inspiration, sans les grouper de façon chronologique. Certaines se reconnaissent au premier coup d'oeil, d'autres, plus au moins abîmées, sont traitées plus sommairement. Aux récits de l'évangile s'ajoute la vie des saints locaux. Pour héberger tous les personnages, qu'on s'amuse de voir vêtus à la mode bretonne de l'époque, le socle s'agrandit, les consoles se multiplient.

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