

les deux Bretagnes
Du point de vue linguistique et ethnique, les Bretons sont plus proches des Irlandais et des Gallois que des Français. Le breton (Ar Brezhoneg) est une langue à part entière d'origine celtique. Issues de la famille indo-européenne, les langues celtiques comprennent 2 groupes:
Depuis des siècles, la Bretagne est partagée en deux zones linguistiques:
- le gaélique (parlé en Irlande et en Ecosse) et
- la branche brittonique, dont fait part le breton ainsi que le Gallois.
- à l'est d'une ligne Mont-Saint-Michel-Paimpol-Pontivy-Vannes, la Haute-Bretagne ou Bretagne romane ou pays gallo. Le Gallo (gallec en breton) est une langue romane apparantée au français, dérivé du latin populaire. Cette région fut la première à délaisser le breton au profit du Français du IXe au XVIe siècle. Il n'en est presque plus de trace.
- à l'ouest, La Basse-Bretagne dite celtique ou Bretagne bretonnante. Là on parle et/ou comprend la langue bretonne. Elle comprend quatre régions (dialectes):
- la Cornouaille (Cornouallais) du Sud-Finistère
- le pays du Léon (Léonard) du Nord-Finistère
- le pays de Tréguier (Trégorrois)
- le pays de Vannes (Vannetais)
historique
l'origine
- Du Ve au VIIe siècle, des Brittons de "la grande Ile de Bretagne" (pays de Galles, Devon, Cornwall), chassés par les envahisseurs anglo-saxons, émigrèrent en masse sur la péninsule armoricaine et enrichirent le gaulois qui y était parlé. De cette fusion émergea une nouvelle langue appartenant à la grande famille des langues celtiques. Elle fleurit dans les 5 départements bretons avec cependant des différences dialectiques. La langue celtique venue de la Grande Bretagne n'a pas eu beaucoup de mal à prendre racine.
- Du Ve au IXe siècle, époque du vieux breton, la toponomie et les patronymes voient le jour. Ils conserveront jusqu'à aujourd'hui leur forme originelle.
- Au moment de la chute de l'empire romain, en Armorique, le latin ne s'était vraiment implanté que dans les villes.
- Ailleurs, le Gaulaois n'avait pas totalement disparue.
- Au IXe siècle la dynastie de Nominoë marque l'apogée de la nation bretonne et l'extrème avancée de sa langue. Le breton progressa à l'est, entreprit la conquête des pays de Rennes et de Nantes. Vers 1050, il se trouvait dans sa phase d'expansion maximale, on le parlait jusque dans la baie du Mont-Saint-Michel et dans la région de Saint-Nazaire. Le breton apparaît comme une langue homogène ne présentant que quelques traces de dialectisation.
- La langue bretonne eut une grande importance jusqu'au XIIe siècle. Elle était utilisée, à côté du latin, pour de nombreux textes officiels. Le breton vehiculait la littérature orale, mais bénéficiait aussi d'une structure écrite codifiée qui évita la naissance de multiples dialectes. Le breton était la langue des lettrés et de la noblesse, au même titre que celle des paysans.
un lent déclin
Les invasions normandes mettaient à mal l'unité bretonne. La féodalité fut marqué par une progression spectaculaire et rapide du français déplaçant la frontière linguistique vers l'ouest.
A partir du XIIe siècle, les familles dirigeantes se francisèrent peu à peu. Du fait de son prestige dans les milieus lettrés et administratifs, le français s'impose à partir du XIIIe siècle comme langue diplomatique à la place du latin dans tout le duché. Dès cette époque les villes de basse Bretagne devinrent bilingues. La centralisation de Paris marqua le déclin de la langue écrite et les familles cultivées l'abandonnèrent pour le français.Le breton resta pourtant en usage, même dans la bourgeoisie et la noblesse, jusqu'au XVIIe siècle. Des ouvrages étaient rédigés en breton, la grammaire latine était enseignée en breton et le breton possédait en propre un système de versification.
Le rattachement de la Bretagne à la France au XVe siècle et la Révolution renversaient la situation en faveur du français. Langue des campagnes et du petit peuple, le breton marginalisa ceux dont il était le seul parler, et fut santi comme un lourd handicap. Par ailleurs, il se fragmenta en 4 dialectes. A la fin du XVIe siècle, le breton finit par disparaître à l'est de la province (comme en témoigne la carte), où figure pour la première fois la séparation entre basse et haute Bretagne. La frontière se stabilisa vers 1886 et dès lors resta pratiquement inchangée.
Au XIXe siècle, pendant le IIIe République, l'Education Nationale intervenait afin de faire disparaître la langue bretonne: les instituteurs imposant le français partout: un enfant dénoncé ou surpris à parler breton devait porter un sabot attaché autour du cou en punition! Le breton et le gallo reculaient simultanément en effectif et en aire d'influence. La frontière linguistique orientale du Breton reculait au fur et a mesure qu'augmentait l'influence du puissant voisin francophone. De même, sous l'influence des media, le gallo en Haut-Bretagne se francisa complètement.
Néanmons, le parler breton resta prédominant dans les classes rurales jusqu'au milieu du XXe siècle. Les dérives en plusieurs dialectes et les emprunts au français se multiplièrent. Malgré les efforts de certains lettrés, la dialectisation ne put être entravée; peu à peu chaque paroisse eut son breton, et le clergé fut le seul à l'écrire, le corrompant ainsi à sa manière.
Après la Seconde Guerre Mondiale, ce qui était encore la langue maternelle de la moitié ouest de la péninsule connut un recul dramatique. Interdite dans la vie officielle, dans les écoles et dans la plupart des médias, la langue bretonne n'était plus parlée que par les anciennes générations.
le renouveau
Le renouveau culturel des années 1960 et 1970 fit sortir le breton de l'oubli: beaucoup de jeunes ont renoué avec leur langue maternelle. Cependant, de phénomène est surtout urbain et concerne les familles cultivées.
L'enseignement laïc qui l'avait interdit le remit au programme en 1977. Les écoles Diwan, où le breton est enseigné dès la maternelle et le français à partir du CE1, apparurent alors et sont aujourd'hui de plus en plus nombreuses. L'association U.D.B. (=Union pour la Défense de la Langue Bretonne), qui a mené campagne pour l'enseignement facultatif du breton en Basse-Bretagne, l'a obtenu dans les lycées et écoles normales. Il existe maintenant une section de breton académique enseigné à Rennes et à Brest.
Si le breton est à nouveau enseigné depuis la fin des années 1970 dans certaines écoles bilingues (écoles Diwan) et à partir de la classe de 4e, cet enseignement reste confidentiel et ne correspond pas à un réel renouveau de la langue dans la vie quotidienne. En outre se pose le problème de la structure de breton qui, au fil du temps, s'est diversifié en dialectes.
Le breton occupe également une place de plus en plus importante dans les médias: programmes radios et télévision, journaux, Des émissions en breton sont diffusés sur FR3 Bretagne. De plus une chaîne de télévision entièrement en breton a vu le jour sur le bouquet numérique Canalsatellite. Les éditeurs et les collectivités territoriales font aussi un effort considérable pour rendre sa place au breton: livres, bandes dessinées, signalisation routière bilingue pour les noms des lieux, etc.
Actuellement 300.000 Bretons parlent encore le breton. On peut évaluer à 650.000 le nombre de bretonnants (évalués à 1.200.000 en 1886!), déclarant comprendre plus ou moins le breton. Statistiquement, il a plus de 40 ans, il est agriculteur ou retraité, et il vit dans les Côtes-d'Armor ou dans le Finistère.
Machine de recherche Google en breton (cliquez sur l'image pour s'en servir)un petit glossaire
Les noms des lieux, très variés dans leur forme, reflètent la partition linguistique. Plus de la moitié des communes de Bretagne portent des noms d'origine bretonne, le reste se partageant entre noms gaulois, gallo-romains, bas latins et français.
La langue bretonne associe des sonorités rocailleuses, mélange d'anglais chuinté et d'allemand guttural. Il est assez difficile d'assimiler une grammaire et un vocabulaire aussi singuliers, dont voici quelques éléments... à toutes fins utiles:
- ploe, plou, plo, pleu (du latin 'plebem, communauté de fidèles, paroisse) existe aujourd'hui sous les formes plou-, plo-, plu-plueu-, plé-, pli- et parfois poul-. Il signale l'emplacement des paroisses primitives du VIe et VIIe siècle. Danls les trois quarts de ses emplois, il est suivi d'un nom de saint du haut Moyen Age.
- lan, lann, terme qui signifie ermitage, monastère.
- tre, tref, subdivision de paroisse
- guic, gui désigne le bourg
- traon, trou, tro vallée
- coat, goat, goët, hoët, bois
- Dans les noms bretons du XIe au XIVe siècle, il faut surtout retenir ker (ferme, village). C'est le terme le plus représenté: il est à l'origine de 18.000 noms de lieux habités!
- Aber, aven : estuaire (Pont-Aven)
- alamaneg : allemand (juron)
- Amann : beurre
- aotrou : monsieur
- argoad, argoed : région boisée
- armor (arvor) : littoral
- avel : vent
- bag : bateau
- bara : pain
- beg (bec) : pointe, extrémité, sommet
- bihan : petit (Mor-bihan : petite mer)
- biniou : cornemuse
- bombarde : clarinette
- bras (braz) : grand (Mor-Braz : l'Océan)
- breizad : breton (subst.)
- breizh : Bretagne
- brenzoneg : breton (adj)
- butun : tabac
- chistr : cider
- demat : bonjour
- digemer mad : bienvenue
- douar : terre
- dour : eau
- du : noir
- enez (inis) : île
- fest-noz : fête de nuit
- galleg : français (juron)
- gast! : putain! (juron)
- gwenn (guen) : blanc, sacré
- gwerz : chanson
- gwin : vin
- ha : et
- hen : vieux
- hir : long
- heol : soleil
- huel : haut
- izel : bas
- kaer : beau
- ne gomprenan ket : je ne comprend pas
- kastell : château
- ken ar c'hentan : à bientôt
- kenavo : au revoir
- ker (car) : village, hameau
- kig : viande
- kozh (kozn koh) : vieux
- krampouez : crêpe
- lan : ermitage, monastère, église
- loc : lieu isolé
- loc'h : lagine, lac côtier
- mad : bon
- mar plij : s'il vous plaît
- men : pierre
- menez : montagne, colline
- meur : grand, important
- mont a ra? : comment allez-vous?
- mor : mer
- nann : non
- nevez : neuf
- noz : nuit
- penn : tête, bout, sommet
- pesk : poisson
- petra eo da anv? : quel est votre nom?
- plijet bras on : enchanté
- plou : paroisse
- roc'h : rocher, roc
- ster : rivière
- stivell : fontaine, source
- tad : père, papa
- ti (ty) : maison
- traezhenn : plage
- trez : sable
- trugarez : merci
- vamm : mère, maman
- wreg : femme, épouse
- ya : oui
- yar-mat! : a votre santé!
- yen : froid
