Les anciens marais salants de Lasné à Saint-Armel, en Presqu'ile de rhuys, en bordure du Golfe du Morbihan, constituent un endroit touristique unique en Bretagne où l'on peut découvrir un travail artisanal séculaire. Depuis les années 60 les marais n'étaient plus en activité. Désormais - sous l'impulsion de la commune et avec l'aide du Conseil Général du Morbihan (propriétaire du site depuis 1978) - le sel ("l'or blanc") est de retour, car un paludier (= celui qui récolte le sel et entretient le marais) s'est installé à St.-Armel en 2003 et a complètement remis en culture une dizaine d'hectares. Ce sont les derniers lieux de production de sel artisanal en France, avec les salines de Guérande, de l'île de Ré et de l'île de Noirmoutier.

un peu d'histoire

Depuis l'antiquité (300 ans avant J.-Chr.) le sel avait une grande importance dans l'activité et l'économie humaine. Il représentait l'un des éléments indispensables pour la conservation des aliments. Jusqu'à l'invention de la boîte de conserve au XIXe siècle, on ne savait conserver la viande et le poisson que par séchage, fumage, confit (dans la graisse) ou salaison.

Comme la viticulture, la technologie salicole est arrivée en Bretagne avec la conquête romaine et s'est particulièrement étendue au Moyen Age. La production, le commerce et la possession de sel représentaient très vite un intérêt politique. Les princes, les évêques et les potentats locaux s'arrangaient pour en maîtriser les flux.


des douanes ("gabelous") pour controler le trafic de sel

En 1340, Philippe VI de Valois institua une lourde ponction fiscale, "la gabelle", récoltée par les "gabelous". La Bretagne en était exemptée jusqu'en 1789. Créant de profondes injustices entre les régions, elle représentait, en 1715, un peu plus d'un dixième des revenus fiscaux du royaume. On établit donc des quotas d'achat, et il devient impossible d'acheter autre part que dans les "greniers à sel".

Les premières traces de sel à Lasné (St.-Armel) remontent au XVe siècle, lorsque le Duc François II concéda à son secrétaire Jean Maubac, propriétaire du manoir de Truscat, "quelques baules et paluds" à convertir en salines. Vers l'an 1500 les marais à Lasné atteignaient 80% de la surface actuelle. Au XVIIème siècle, des voiliers chargeaient le sel de Rhuys à destination de l'Irlande. Le marais de Lasné comptait parmi les hauts lieux de production de sel à partir du XVIIIe siècle, sous l'impulsion des moines de l'abbaye de Saint-Gildas-deRhuys. Les dernières salines ont été construites vers 1800.

Jusqu'à la Révolution le sel pouvait circuler dans toute la Bretagne sans être soumis à la gabelle; les marchands pouvaient l'échanger dans les provinces voisines contre des céréales. La Révolution supprima partout "la gabelle" mais Napoléon l'a remplacée par d'autres taxes lourdes dans tout le pays. La production globale de la Presqu'île représenta jusqu'à 1000 tonnes de sel par an au début du XIXe siècle, justifiant l'installation d'une carserne des douanes ("gabelous") pour en contrôler le trafic. Les conflits étaient fréquents entre les "gabelous" et les paludiers. En 1849 il fallut envoyer une compagnie de soldats pour calmer les esprits...


un des derniers paludiers au XXème siècle (Marais de Duer, Sarzeau)

Les salines furent longtemps très prospères grâce à la côte basse et au climat privilégié de la presqu'île... jusqu'au début XXe siècle. Petit à petit, les paludier disparurent, les salines cessèrent d'être exploitées. L'abandon progressif avait des causes multiples:


les marais abandonnés en 1993

Le dernier sel de Rhuys fut récolté au début des années 1960. Déjà la guerre de 14-18 avait privé les oeillets de l'entretien nécessaire. Certains avaient dès lors été convertis en pâturages. Sans une intervention raisonnée les marais salants de Lasné, façonné à main d'homme, se dégradaient rapidement. Entre les deux guerres ils ont été transformés en "claires" (= bassins d'affinage des huîtres) par deux ostréiculteurs pour les besoins du fameux restaurateur Parisien Prunier.

En 1978 les marais de St.-Armel (100 ha, repartis sur Lasné, Ludré et le Passage) ont été acquis par le Conseil Général Départemental du Morbihan (CGDM) comme paysage semi-naturel. En 1983 le Conseil a ouvert partiellement le site à des activités d'affinage (= une technique qui consiste à faire séjourner les huîtres pendant 3 ans dans les "claires", pour affiner leur goût et leur couleur juste avant leur commercialisation). En 1995, il a autorisé l'installation de 2 ostréiculteurs et participé à la réalisation de bâtiments intégrés au site. L'ostréiculture a permis ainsi de maintenir en état l'hydrologie du site et de le sauver d'un abandon total.

St.-Armel renoue avec son passé

Le Syndicat Intercommunal d'Aménagement du Golfe du Morbihan (SIAGM) a mis un plan cohérent sur l'ensemble des anciens marais de St.-Armel, qui aboutit à l'aménagement d'espaces hydrologiquement indépendants et par une gestion répartie suivant 3 objectifs:


plan d'aménagement des marais salants à St.-Armel

Les travaux pour la saliculture ont débuté en janvier 2003 par une entreprise de Guérande, spécialisée dans ce type de chantier délicat. Un paludier, Olivier Chenelle, a travaillé à la destruction des digues des anciennes "claires" afin de remettre "la vasière" en état. Ce travail de déchaussage (= nivelage et endigage manuel) de 10 hectares de ces salines s'est étalé sur le printemps et l'été 2003, permettant dès cette première saison une récolte de 8 tonnes de sel, sur 8 oeuillets seulement! L'année suivante, le paludier récoltait la même quantité de sel, alors qu'il exploitait 24 oeillets.

fonctionnement d'une saline

Vue d'avion une saline ressemble à un labyrinthe de canaux et de réservoirs rectangulaires, un quadrillage délimité par des fossés de levées, de terres enherbées et de digues maçonnées. L'ensemble est un peu comparable à un immense jeu de l'oie où le pion partirait du "traict" (= la mer, le Golfe dans ce cas) pour aller à la case gagnante: "l'oeillet" pour le ramassage du sel. Une saline est donc un dédale de bassins, cernés par un talus, construits par l'homme dans des sols argileux, naturellement imperméables, de forme plus au moins géométrique, dans lesquels l'eau de mer circule par gravité, s'échauffe sous l'action du soleil et du vent, s'évapore et devient saumure, pour aboutir à une concentration élevée du sel qui va provoquer une cristallisation.

Grâce à la simple force gravitationnelle, les bassins sont placés de plus en plus bas, sans jamais descendre en dessous du niveau des plus basses eaux, ce qui permet - à marée basse - de vider partiellement ou complètement les "'oeillets", lorsqu'il sont remplis d'eau douce ou en fin de saison. Le fond est inférieur de 1,5 à 2 m au niveau moyen des marées de vives eaux.

cycle de production

Le bon fonctionnement d'une saline nécessite un travail tout au long de l'année, au rythme des 4 saisons. L'automne (jusqu'à mi-novembre) est une période de repos qui, cependant, permet de remettre en état des salines ou qui peut être interrompue lors de tempêtes ou en cas de rupture de talus protégeant les salines.Le paludier consacre l'hiver et le printemps aux travaux d'entretien, puis à la préparation du marais pour la récolte estivale.

Le cycle démarre pendant l'hiver avec le nettoyage des vasières, l'entretien des talus (renforcement, coupe de la végétation) et le nettoyage d'alimentation et d'évacuation. Fin février, il faut alors vider les salines, en évacuer les algues et la vase pour remettre à niveau les bassins, refaire les digues d'argile pour reconstituer les "circuits de chauffe". En été commence alors la récolte du sel, qui ne peut se faire que par un beau temps sec. La récolte est quotidienne et exclusivement manuelle. Entre le mois de juin et le mois de septembre le paludier fait à peu près 40 jours de saunaison pour obtenir une récolte moyenne.

deux sortes de sel marin

Plus qu'un métier, être paludier est également un art. Il est aujourd'hui l'un des rares métiers agricoles qui soit presque exclusivement manuel et qui nécessite une technique exempte de mécanisation et d'apports chimiques. De l'eau de mer, du soleil et du vent, il n'en faut pas davantage pour faire du sel. Les contraintes climatiques ont obligés le paludier à perfectionner les moindres détails.

quelques chiffres

Les niveaux de production peuvent être très différents selon les conditions météorologiques (le vent, le soleil, les marées, l'orage ou la pluie). En moyenne, le paludier de St.-Armel récolte à lui seul par jour 40 à 70 kg de gros sel par oeillet, soit 1.400 kg par an. La production de "fleur de sel" est beaucoup plus limitée: en moyenne 3 à 5 kg par oeillet, par jour et par beau temps, soit 80 kg par saison.

Regardons de plus près la "concurrence". Dans le marais salant de Guérande on compte environ 250 paludiers, qui exploitent environ 7.000 oeillets et qui récoltent en moyenne 11.000 tonnes de gros sel par an! L'île de Ré (Charente-Maritime) produit 2.500 tonnes; l'île de Noirmoutier (Vendée) 1.500 tonnes chaque année. Ne parlons pas du producteur industriel CSME dans la Méditerranée: 100.000 tonnes à Lapalme/Port-La-Nouvelle/Gruissan (l'Aude); 500.000 tonnes à Aigues-Mortes (Camargue) et 900.000 tonnes dans les Salins de Giraud (Camargue) par an!.

dans la cuisine

Le sel des marais de Lasné (St.-Armel) est une réussite commerciale. Qu'il soit gros gris ou blanc, le sel de St.-Armel n'est pas un produit banal, mais un produit haut de gamme et 100% naturel, c'est à dire non raffiné, non lavé et sans additifs, le fruit d'un savoir-faire vieux de 1000 ans. Présent sur toutes les bonnes tables, de grands chefs vantent ses qualités gustatives, notamment celles de la "fleur de sel". Et pas seulement pour son goût, mais aussi pour ses très hautes qualités nutritives: plus que du simple chlorure de sodium, le sel marin contient toutes les richesses naturelles de la mer: pauvre en sodium mais riche en éléments minéraux, magnésium bio-disponible (sous forme de chlorure), calcium et au potassium. Sans oublier les divers oligo-éléments comme le cuivre, le zinc, le fer, le manganèse, et même l'iode et le fluor sous forme de traces: c'est une mine de santé!

infos générales

le paludier Olivier Chenelle (apiculteur). 56450 Saint-Armel. Tél. (portable) 0632 65 15 72

Vente. Il vend son sel (gros sel et fleur de sel) et son miel sur le marché et également dans la boulangerie café "Le Moulin à café" de St.-Armel .

Diaporama

Lecture.

visites


les 2 points en couleur bleue marquent les parkings et les entrées

Il y a un parking à l'entrée ouest du site (à la naissance de la chaussée submersible qui mène à l'île Tascon), qui marque le point de départ du sentier de découverte. En suivant la digue du front de mer, on passe du secteur salicole aux bassins ostréicoles, puis au domaine réservé à la tranquillité des oiseaux.

Visites guidées.

Recommandations:
  1. cheminez tranquillement sur les digues
  2. restez sur les sentiers autorisés
  3. ne pas être accompagné de chien, même en laisse
  4. respectez le travail des professionnels
  5. respecter la faune et la flore
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la flore et la faune dans les marais de Lasné

Une partie des marais (à l'est) à St.-Armel est réservée à la flore et à la faune. Les eaux des marais sont un lieu de vie: elles sont tièdes, peu profondes, bien pourvues en plancton et en sels minéraux: c'est donc une frayère idéale pour les poissons (bars, daurades, lieux, poissons plats, etc.) et un site de reproduction pour un grand nombre d'animaux marins, crustacés (crevettes, crabes, etc) et mollusques (seiches, coquillages, etc). Par cette richesse alimentaire, alliée à la douceur du climat autour du Golfe, les marais constituent un site de prédilection pour la faune et la flore. Toutes les plantes qui vivent ici doivent supporter une plus au moins grande teneur du sol en sel. Elles jouent un rôle important dans la chaîne alimentaire de certaines espèces.