un peu d'histoire

Il n'est pas possible de séparer la musique bretonne de l'histoire de la Bretagne.Sa survivance est toujours apparue comme un signe de résistance. Grâce à cette mobilisation continue la Bretagne a pu garder une culture vivace et un patrimoine musical authentique et varié. La force de la musique bretonne, c'est d'avoir su évoluer dans le temps et assimiler les apports extérieurs.

La musique traditionelle suit le même partage géographique que la langue:

  • Le pays gallo (Haute-Bretagne) possède ses propres traditions mais leur mise en valeur est encore récente.
  • La Basse Bretagne a conservé une musique plus riche , qui contribue largement à la renommée et à l'attrait touristique de la région.
Après la Seconde Guerre mondiale, la musique bretonne a failli tomber dans l'oubli, en raison de l'exode rural et de la faible audience des mouvements régionalistes. Mais la vague celtique, le mouvance politique et le climat d'agitation autonomiste bretonne, qui ont pris leurs essor à la fin des années 1960, ont définitivement actualisé et médiatisé la musique traditionnelle et lui ont donné une large notoriété.
alan stivell glenmor tri yan

  • Alan Stivell, avec sa harpe celtique, et Glenmor commencent à faire parler d'eux, suivis de Gilles Servat et de Tri Yann. Contre l'avis des aînés et des puristes traditionnels, ils ont réveillé la tradition bretonne, en intégrant des éléments celtiques nouvelles (Irlande, Ecosse, Pays de Galles) et le courant folk, rock et jazz des Etats-Unis. Quarante ans après ils sont toujours là;
  • à leurs côtés, Dan Har Braz, Yann-Fanch Kemener, Didier Squiban, Erik Marchand, Mélaine Favennec, Soldat Louis, Gilles Servat, etc.
  • La relève semble assurée avec Denez Prigent, Carré Manchot, Kern, Ar Re Yaouank,Annie Ebrel, Kristen Nicolas, Jean Michel Veillon, Dan ar Braz, mais aussi Les 4 Jeans, Matmatah, Les Rives, les Druides Saumonée, le groupe Manau, le groupe rock E V, et quantités de bons groupes de fest-noz (les frères Molard, le Quintet Clarinettes)
En 1971, le festival interceltique de Lorient est lancé, tandis que sur tout le territoire breton, les fêtes folkloriques rassemblent un énorme public. Dans les années 1980, des maisons de disques bretonnes voient le jour tandis que certaines maisons nationales réservent une partie de leur catalogue à la musique bretonne. La musique bretonne ne s'est jamais mieux portée qu'aujourd'hui, les artistes créent réhabilitent le répertoire en inventant de nouveaux textes, de nouvelles mélodies, de nouveaux rythmes, de nouveaux métissages.

les chants

Les chants sont très variés et de plusiers natures. Ils accompagnent la vie quotidienne, rythment le travail et animent les manifestations populaires et les fêtes religieuses.

  • La gwerz (au pluriel gwerziou) est un chant narratif en mode mineur, particulièrement triste, tragique, dramatique, légendaire ou épique. Plus proche du récit que du chant, elle s'écoute. La mélodie n'a pas la primauté sur les paroles. Le chanteur peut raconter l'histoire tragique d'un personnage ou un épisode dramatique, in naufrage, un décès, etc. La gwerz servait donc parfois de "journal parlé". Didactiques à l'époque, les gwerziou sont pour nous aujourd'hui d'extraordinaires témoignages de la vie quotdienne et du légendaire.
  • La son (au pluriel soniou) est plus légère, plus gaie, plus ludique, souvent sur un rythme de danse. Comique ou tendre, elle parle d'amour et des péripéties quotidiennes.
  • Le Kan Ha Diskan (chant ét déchant), spécifique à la Basse-Bretagne, est une interminable mélopée qui peut compter jusqu'à 100 couplets. C'est le chant qui accompagne les danses dans les noces et les festou-noz (fête de nuit). Le chanteur (kaner) chante une première phrase que le (ou les) deuxième chanteur (diskaner) reprend à l'identique. Ces 2 chanteurs ou plus peuvent ainsi se relayer pour venir à bout de ce long récit chanté, pendant que le public danse. Ces cantiques chantés à la louange d'un saint local ont joué un rôle important dans la transmission des valeurs morales et de la piété. Ils sont souvent une adaptation de mélodies populaires qui servent ainsi à véhiculer un message sacré.

les danses

La danse, après un repas somptueux en plein air, est un ciment essentiel de la vie villageoise, surtout à l'occasion de fêtes communautaires (moisson, foire, noces, un pardon). Un couple de sonneurs ou de chanteurs anime la soirée et tout le monde, toutes les générations y participent. Originellement, on dansait à deux occasions: au moment d'une noce ou bien pendant les fêtes locales. A cela s'ajoutent les festou-noz. Le fest-noz (fête de nuit) est un bal populaire breton dans lequel on pratique les danses traditionnelles et on boit beaucoup de cidre et de chouchen. Redevenu à la mode, il rassemble des centaines, voir des milliers de personnes qui dansent sur la musique de sonneurs ou suivent le rythme de chanteurs de kan ha diskan. Normalement on danse suivant un programme généralement composé de trois parties:

  • une danse, par exemple la gavotte, laridé ou l'an dro en pays vannetais. Cette danse peut s'executer en chaîne ou en double front (un rang d'hommes face à un rang de femmes)
  • un bal, généralement constitué de plusieurs couples qui se reforment en châine lors d'une marche "au pas".
  • une autre danse "en rond". Celle-ci peut être en chaîne fermée ou chaîne ouverte ; dans ce dernier cas, une personne conduit la danse.
N'hésitez pas à entrer dans la danse, car des gens plus expérimentés ne refuseront pas de vous donner quelques conseils. Une recommandation toutefois: les chaussures de ville genre talons hauts ne sont pas des plus conseillées!

les instruments

La musique instrumentale est dérivé directement des airs à danser ou à chanter. Bien que le répertoire breton soit essentiellement chanté, les sonneurs gardaient certains morceaux pour la pratique instrumentale exclusive.

  • Le biniou-koz est l'instrument le plus représentant de la musique bretonne. Il est constitué en peau de vache, avec 3 souches pour fixer les 3 tuyaux, le porte-vent, le chalumeau à anche double, de perce conique, percé de 6 trous, le bourdon à anche battante sonnant 2 octaves au-dessous de la fondamentale du chalumeau. Cette petite cornemuse traditionnelle sonne à l'octave de la bombarde. Il faut souligner que le biniou-koz traditionnel est de plus en plus souvent remplacé par un rival de taille: le "bagpipe" (cornemuse) d'origine écossaise. Naît alors le "grand biniou" (biniou-braz) aux possibilités musicales très supérieures grâce à ses 3 bourdons et son long chalumeau. La veuze est la variante nantaise du biniou, proche de la cornemuse médiévale..
  • La bombarde est un instrument à vent très ancien, venue tout droit de l'Orient, ancêtre du hautbois. Elle comporte 6 trous et une ou plusieurs clés. En ébène ou en bois fruitier, il est bagué et incrusté de métal finement décoré. Cet instrument conçu pour le plein air est très sonore. Le joueur, un talabarder, doit pincer l'anche avec les lèvres et souffler simultanément.
bombarde duo de sonneurs biniou

Initialement c'est le couple bombarde-biniou qui est le plus courant en Bretagne. Jusqu'à la moitié de la 19ème siècle les couples de sonneurs de métier étaient rénumérés et se déplacaient d'une fête, d'un bal, d'un pardon ou d'une noce à l'autre. C'était un signe extérieur de richesse que de pouvoir s'offrir un couple de sonneurs. Le sonneur de bombarde mène le jeu, maîtrise le choix des airs et des variantes, tandis que le sonneur de biniou l'accompagne en répètant les motifs musicaux en echo.

D'autres instruments de renom viennent compléter la liste:
accordeon harpe celtique vielle

  • La harpe dite celtique. Cet instrument, dont l'origine remonte à l'antiquité pharaonique, faisait déjà son entrée en Armorique vers l'an 480 après J.-C et connaît un retour de faveur de puis le début des années 70 avec Alan Stivell.
  • La vielle à roue. Apparue au XIIème siècle, elle figure parmi les plus nobles instruments car elle peut faire entendre simultanément plusieurs sons.
  • Le fiddle est un violon utilisé de façn traditionnelle en Irlande et en Ecosse. Revient à la mode depuis quelques années.
  • Souvent associé au couple biniou-bombarde, le tambour ou tambourin est le complément indispensable pour former un authentique petit orchestre breton (bagad).
  • La clarinette (ou treujenn-gaol en breton) est pratiquée depuis la fin du XVIIIe siècle en Bretagne.
  • l'accordeon diatonique (en pays gallo, on l'appelle bouëze).

Le maintien de la tradition musicale doit beaucoup à la création de bagadou (singulier bagad), une sorte d'orchestre breton (qui correspond au "pipe band" de l'armée écossaise ou irlandaise) réunissant des bombardes, des cornemuses, des tambours, des percussions et d'une grosse caisse. La Bretagne compte aujourd'hui plus d'une cinquantaine de bagadou. Le plus célèbre est le bagad militaire de Lann Bihoué.

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